Rencontre avec Julien Carlier
Dans le cadre de la création de son spectacle BETON, nous sommes allé·es à la rencontre de Julien Carlier, danseur et chorégraphe de la Cie Abis.
Peux-tu présenter le projet BETON ?
Julien Carlier : BETON est une création chorégraphique conçue pour les skateparks dans laquelle se rencontrent une équipe de danseur·ses provenant du breakdance ainsi que des skateur·ses. L’idée est de créer une pièce qui se transforme à chaque nouveau skatepark.
Quel rapport entretiens-tu avec le skate ? Est-ce aussi une discipline que tu as pratiquée ?
J.C. : J’ai fait du skate avant de faire du breakdance. Quand j’étais plus jeune, entre douze et quatorze ans, je pratiquais le skate, même si je n’avais pas un très bon niveau. Cela a été ma première expérience de discipline freestyle, où j’essayais d’apprendre des figures. Il y avait aussi tout un mode de vie associé.
Par la suite, je me suis davantage tourné vers la danse et je suis revenu au skate pour ce projet. Cela faisait un certain temps que j’avais envie de m’intéresser à nouveau à cet univers. Le projet a constitué une occasion d’y retourner. Aujourd’hui, je pratique de nouveau le skate de manière plus régulière.
Au-delà de ta pratique du skate, d’autres choses ont-elles lancé ta recherche sur BETON ?
J.C. : Je pratique la photographie. Les skateparks sont des lieux que j’aime photographier car ils se situent à la croisée d’un espace très urbain et de paysages qui me rappellent, paradoxalement, des paysages naturels. Et j’aime particulièrement la photographie de paysage.
Pour moi, ces lieux font le lien entre plusieurs disciplines et centres d’intérêt qui me tiennent à cœur. Avec le temps, l’idée de créer un spectacle reliant l’ensemble de ces éléments s’est imposée comme une évidence.

Quels sont les thèmes ou pistes de réflexion qu’aborde BETON, et que souhaites-tu transmettre aux spectateur·rices ?
J.C. : Ce que je souhaite transmettre au public, c’est d’abord de donner à voir ces gestuelles et ces disciplines dans leur énergie réelle. C’est le point central du projet.
Les lieux comme les skateparks ou d’autres espaces communautaires d’entraînement, liés à des pratiques comme le breakdance ou le skate, me racontent des histoires de personnes parfois en marge de la société, ou qui choisissent des disciplines exigeantes, parfois physiques, parfois violentes, mais qui se rassemblent autour de formes de communautés et de familles choisies.
J’ai aussi envie de montrer l’aspect ludique et la proximité avec l’enfance de ces pratiques : l’envie de jouer, de ressentir le mouvement, de tourner, de tomber, de se retrouver la tête à l’envers. Ce sont toutes ces sensations à partir desquelles j’ai envie de créer, et qui constituent la matière du spectacle.
Chaque skatepark possède une configuration unique. Quel impact le choix du lieu a-t-il sur l’exécution du spectacle ? Le spectacle pourrait-il être transposé sur une scène de théâtre ?
J.C. : La pièce n’est pas pensée pour le théâtre. Ce qui nous intéresse dans le projet BETON, c’est précisément de jouer dans les skateparks et de nous adapter à des espaces conçus par et pour les pratiquant·es. Il s’agit d’entrer dans les lignes et les contraintes propres à chaque lieu.
Chaque skatepark s’appréhende différemment. L’enjeu de la pièce est d’arriver dans un espace existant, déjà pratiqué, avec ses spécificités, et d’y adapter la performance.
Nous ne savons pas encore ce que cela deviendra dans quelques années. Il y aura peut-être une adaptation future. Mais pour l’instant, l’idée est clairement de jouer dans des skateparks et de se confronter à des espaces différents à chaque représentation.

Tu comptes inclure des amateur·rices dans le spectacle. Comment envisages-tu ce type de travail ?
J.C. : L’idée d’inclure des amateur·rices dans la pièce repose sur le travail mené directement dans les espaces concernés et sur le constat que nous entrons naturellement en dialogue avec les personnes qui fréquentent ces lieux.
Cette démarche s’inscrit dans la volonté de montrer le skate dans son énergie authentique, même si elle est transformée pour les besoins de la pièce. Il s’agit d’inclure les personnes des lieux, de leur proposer d’apprendre la chorégraphie, ou des fragments de chorégraphie, et de participer à la performance.
Cela crée un lien entre les personnes extérieures qui viennent au skatepark pour assister au spectacle, celles qui fréquentent le lieu en tant que spectateur·rices, et celles qui participent activement à la pièce. Cette rencontre entre danse, processus chorégraphique et transformation du geste me semble essentielle. Elle s’inscrit pleinement dans cette logique d’inclusion des participant·es du lieu.
Propos recueillis par Alexandre Rycx (stagiaire en communication), le 28 avril 2026.

