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Zone protégée

Zone protégée

aymeric trionfo
19 - 23.04.2016

Fiche pédagogique

Zone protégée réunit trois personnages propulsés dans une zone faite de silence, sans aucune vie en dehors de leur présence. Confronté au vide, chacun réagira selon son tempérament. Ce premier spectacle d’Aymeric Trionfo, ancien étudiant d’Armel Roussel à l’INSAS, questionne l’absurdité de la condition humaine et particulièrement la notion de « divertissement ». Il pose la question suivante : comment l’homme est-il en mesure de vivre sans divertissement, seul face à sa condition d’être humain ? Inspiré par Le mythe de Sisyphe d’Albert Camus et le théâtre de Samuel Beckett, il s’inscrit dans une théâtralité de l’absurde, à la fois drôle, mystérieuse et poétique. La création de Zone protégée est soutenue par la compagnie [e]utopia3.

Du côté du fond

Zone protégée est un spectacle porté par les acteurs. Le décor est d’une grande sobriété ce qui permet de souligner la place centrale donnée à la parole.
 
Il s’agit d’un théâtre de l’absurde dans la lignée de Samuel Beckett. Lasituation et les dialogues mais aussi la déconstruction du langage luimême rendent perceptible toute l’absurdité de la condition humaine.
 
La présence d’une création sonore sert à souligner le propos à certains moments du spectacle.
 
Poétique et mystérieuse, la forme de Zone protégée est également drôle.
 
Pour la mise en scène de son premier texte de théâtre, Aymeric Trionfo afocalisé son attention sur ce qui relève de la nécessité. Avec les acteurs, il a exploré la musicalité et la rythmique du texte, la circulation de la parole, la présence, le travail physique, en cherchant à épurer la forme au maximum pour ne conserver que les gestes et les mots essentiels.

Du côté de la forme

La rencontre avec la pensée d’Albert Camus

« Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. » (Albert Camus, Le mythe de Sisyphe). La rencontre de l’oeuvre de Camus a été fondamentale pour Aymeric Trionfo. Sans avoir fait d’études, il a travaillé en Suisse dans des ateliers ou sur des chantiers, avant de suivre une année de mise à niveau. Au cours de celle-ci, Daniel Mariano, son professeur de littérature française, lui donne le goût de la lecture. Il a 20 ans. En lisant Le mythe de Sisyphe, il découvre une pensée qui exprime avec précision ce qu’il vit et ce qu’il sent : l’ennui, le vide, l’angoisse, le temps qui passe, le questionnement sur le « pourquoi » d’une existence machinale et le constat de l’absurdité de la vie. Bouleversé, il garde cet ouvrage en mémoire et quand, devenu étudiant à l’INSAS, on lui donne carte blanche pour monter un projet, il a le désir d’amener à la scène cet essai philosophique. Cependant, comme l’ouvrage est très vaste, il concentre son attention sur un extrait traitant du divertissement, extrait grâce auquel il pourra commencer à écrire lui-même un texte. Vous a-t-on déjà présenté une oeuvre qui exprime exactement ce que vous ressentez ? Laquelle ? En quoi une telle découverte est-elle importante ?

L’absurdité de la condition d’être humain

Dans Le mythe de Sisyphe, Albert Camus inspiré par la mythologie grecque, se réfère au personnage de Sisyphe, condamné par les dieux à faire rouler un rocher jusqu’au sommet d’une montagne. Une fois le sommet atteint, la pierre attirée par son propre poids roule vers le bas de la montagne et tout est à refaire. Se pose alors la question : face à l’absurdité de l’existence, la vie vaut-elle d’être vécue ? Albert Camus, opposé à toute attitude de fuite (y compris le suicide ou la religion), répond : « Conscience et révolte, ces refus sont le contraire du renoncement. Tout ce qu’il y a d’irréductible et de passionné dans un coeur humain les anime au contraire de sa vie. » Animé par cette réflexion, Aymeric Trionfo écrit Zone protégée, son premier texte pour le théâtre qui reflète son questionnement sur l’absurdité de la condition humaine. L’existence humaine a-t-elle un sens ? Si oui, lequel ? Comment est-il possible de développer une lucidité par rapport à sa propre vie ?

Le divertissement

Les personnages de Zone protégée sont propulsés dans une zone vide sans bruit ni vie en dehors d’eux. Ils ont chacun une addiction qui leur permet de fuir cette réalité et d’éviter de penser. En posant cette situation de départ absurde et irréaliste, Aymeric Trionfo souhaite interroger la notion de divertissement. Il se réfère à la pensée du philosophe Blaise Pascal qui dit ceci : l’étymologie latine du verbe « se divertir » est « se détourner » et de ce fait, se divertir peut consister à se détourner de la réalité ou d’une réalité. Selon Aymeric Trionfo, la technologie, les réseaux sociaux et les moyens d’information qui occupent une place croissante dans nos quotidiens, la religion ou même nos métiers, peuvent être perçus comme des formes de divertissement. A ce titre, ils contribuent à créer un endormissement de nos consciences vis-à-vis du monde qui nous entoure et nous gouverne. Que vous évoque le mot « divertissement » ? Et la définition de Blaise Pascal ? Quels moyens existent pour se détourner de la réalité ? Pourquoi se détourne-t-on de la réalité ? Quelles en sont les conséquences ?

Echanges & ateliers

En prolongement
Entre le 19 et le 23 avril, une rencontre avec Aymeric Trionfo est possible sur demande après la représentation le soir de votre venue au théâtre (date et heure à convenir).