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Portraits sans paysage

Portraits sans paysage

Nimis Groupe
17 - 20.12.2019

Fiche pédagogique

À 19h15 sauf le mercredi à 18h.
Pour tous dès 15 ans.

Du côté du fond

LA MIGRATION

Le NIMIS Groupe est un collectif d’artistes réunis autour de la nécessité de questionner les enjeux liés, aujourd’hui, à la migration. Leur premier projet, Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu, interrogeait les politiques migratoires de l’Union européenne et leurs incidences économiques. Leur rencontre avec des demandeurs d’asile, leur nécessité de dire en public ce qu’ils vivent, la joie partagée ensemble ont scellé leur détermination à écrire un spectacle avec eux.

Aujourd’hui, le NIMIS Groupe se lance dans une nouvelle recherche en investiguant sur les camps de réfugiés dans le monde et les centres d’enfermement pour étrangers en Europe ainsi que sur le marché lucratif que ces lieux représentent pour certains.

L’ENFERMEMENT EN UNION EUROPÉENNE…

Il y a sur tout le territoire européen des lieux qui enferment ceux que l’on veut rendre invisibles. Et ils se multiplient. Vantés comme des outils efficaces et incontournables des politiques migratoires, ou brandis aux yeux de potentiels nouveaux venus pour les dissuader de prendre route vers l’Europe, ces espaces de contrôle et de surveillance privent de liberté et soumettent à un régime carcéral des personnes qui n’ont commis d’autre crime que de ne pas être en ordre de séjour sur le territoire européen.

Quelle est l’origine de ces lieux d’enfermement en Europe ? Comment en est-on arrivé à priver de liberté des femmes et des hommes, parfois même des enfants, pour des raisons administratives ?

… ET DANS LE MONDE

Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) évalue à 65 millions le nombre de personnes déracinées dans le monde. Certaines de ces personnes vivent dans des camps gérés par le HCR. Prises en charge par les organisations humanitaires, elles voient leur autonomie restreinte le temps de leur séjour dans ces camps : les autorités locales ne les autorisent pas à travailler ou même à se rendre dans les villes avoisinantes, les gestionnaires du camp les empêchent de se regrouper par communauté, etc. Mais cette situation temporaire peut durer beaucoup plus longtemps que cela n’est supportable pour un être humain, créant des dommages psychologiques importants. C’est le cas du camp de Dabaab au Kenya (que vous voyez sur le visuel de la présentation du laboratoire) créé en 1991 par le HCR et qui compte aujourd’hui 500 000 personnes dont certaines y sont nées et d’autres y vivent depuis déjà plus de 10 ans. Ces camps ne sont souvent repris sur aucune carte alors qu’ils peuvent représenter une superficie plus grande que celle d’une ville. Coincées entre un départ forcé et l’impossibilité d’arriver ailleurs, ces personnes vivent dans un état d’incertitude permanent et insoutenable.

Lorsque ces camps s’installent dans le temps, ne deviennent-ils pas des enjeux politiques et territoriaux ? Serait-il possible de protéger ces personnes sans les prendre au piège d’un no man’s land dont leur sortie semble incertaine ?

LABORATOIRES D’EXPÉRIMENTATION D’OUTILS DE SURVEILLANCE

Dans de nombreux endroits dans le monde, les camps de réfugiés deviennent des laboratoires où s’expérimentent des outils de surveillance de plus en plus sophistiqués au mépris de la protection des données personnelles et du respect des droits civiques et humains. Pour avoir accès à certains camps, un réfugié doit, par exemple, donner son empreinte palmaire ou le scan de son iris. Rendus vulnérables du fait de leur situation, les réfugiés deviennent une population-test idéale pour des entreprises à la recherche de terrain d’expérimentation de leurs futurs produits, notamment en matière de biométrie. Après avoir été testés dans les camps, ces systèmes d’identification biométriques se retrouvent dans notre quotidien (moyens de paiement, de communication, etc.). Par exemple, Mastercard, qui était implanté dans les camps au Kenya, annonce que l’authentification biométrique, à savoir la reconnaissance faciale, rétinienne ou avec l’empreinte digitale, sera une réalité en Belgique dès 2019.

De quel oeil voyez-vous ces nouveaux systèmes à titre personnel et collectif ? En testant leurs innovations sur des populations déjà vulnérables, ces entreprises ne détournent-elle pas les questions éthiques susceptibles de ralentir leur recherche et sont-elles soumises à aucun contrôle ?

L’AIDE HUMANITAIRE

Depuis 2015, a lieu chaque année le Salon de l’Humanitaire. En 2018, il se tenait à Bruxelles. Dans ces salons, toutes sortes d’exposants (fabricants de conteneurs, vendeurs de drones, de fils barbelés ou de tentes en kit, ingénieurs en technologie, sociétés de services financiers, grands cabinets d’audit…) viennent proposer leurs services aux acteurs de l’humanitaire. Les problèmes de gestion et d’efficacité que rencontre le secteur humanitaire semblent trouver des solutions chez les entreprises privées.

En arrivant dans le milieu humanitaire, le secteur privé ne risque-t-il pas d’entrer en contradiction avec les valeurs éthiques de l’humanitaire ? Par ailleurs, la hiérarchie symbolique qui s’instaure de fait entre celui qui aide et celui qui est aidé, ne doit-elle pas sans cesse être interrogée pour éviter les dérives et les enjeux de pouvoir qui peuvent s’y glisser?

Du côté de la forme

LABORATOIRE / RECHERCHE

Portraits sans paysage est un work in progress, c’est-à-dire un travail en cours, un laboratoire. C’est un objet hybride en construction qui verra le jour, dans sa formule finale, en 2022. Cette première année de recherche a permis de recueillir des premières informations en rencontrant des personnes : travailleurs humanitaires, avocats, policiers, chercheurs, militants, etc. ; mais aussi grâce à des textes, des rapports, des documentaires parmi lesquels Réfugiés, un marché sous influence de Nicolas Autheman et Bienvenue au Réfugistan d’Anne Poiret.

TRAVAILLER EN COLLECTIF

Une création collective se traduit le plus souvent par la participation de tous les membres du collectif à l’ensemble des étapes constituant la réalisation d’un spectacle. Chacun peut y revendiquer une place égale mais aussi des responsabilités partagées. Une telle pratique nécessite cependant plus de temps que pour l’élaboration d’une production théâtrale classique. De plus, lorsque l’on choisit de travailler sur une thématique d’actualité, directement liée à une réalité contemporaine, le travail d’investigation peut se développer de manière spécifique en fonction du sujet traité (voyages, rencontres, interviews, prises d’images, de sons, etc.).

Le collectif, depuis ses prémisses, tente d’instaurer un dialogue singulier avec le public, en invitant au théâtre des personnes issues de réalités très différentes (demandeurs d’asiles, juristes, travailleurs sociaux, étudiants, etc.).

Echanges & ateliers

Le NIMIS Groupe souhaite livrer, à chaud, un instantané de sa première année de recherche documentaire sur la thématique des camps, de l’enfermement des étrangers et de l’aide humanitaire. Esquisses, croquis, portraits de personnes liées aux camps par leur métier ou leur parcours seront restitués par les acteurs. L’objectif majeur de cette étape est de confronter leur enquête au long cours à un public le plus varié possible.

Cette sortie de laboratoire se prolongera chaque soir par un échange avec le public. (Ce spectacle se joue dans le cadre de soirées composées les 18 et 19 décembre. Possibilité de voir The birth of violence à 19h15 le 18 et à 20h30 le 19.)

Dans le cadre de sa recherche, l’équipe du NIMIS Groupe souhaiterait rencontrer des associations, des voisins du théâtre de tous âges, ainsi que des personnes ayant vécu des situations de migrations, afin d’échanger sur les thématiques. L’équipe sera disponible en journée du 30 septembre au 31 octobre, le matin du 6 au 9 novembre, en journée du 14 au 23 novembre et du 2 au 13 décembre 2019.