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Patricia

Patricia

Geneviève Damas / Frédéric Dussenne
13 - 31.10.2020

Fiche pédagogique

À 20h30 sauf les mercredis à 19h15  
Ce spectacle s'adresse à tou·te·s dès 14 ans.

Du côté du fond

GENÈSE DU ROMAN /UNE FICTION DOCUMENTÉE ?

Patricia paraît aux éditions Gallimard en 2017. Le roman de Geneviève Damas est polyphonique et se compose de trois récits successifs à la première personne. Le premier est raconté par un homme, Jean Iritimbi, le deuxième par Patricia et le troisième par Vanessa. Chacun des récits donne à voir un angle de vue différent sur le drame de l'immigration et les questionnements de trois points de vue : les étranger·ère·s désabusé·e·s qui sont arrivé·e·s il y a longtemps et qui peinent encore à trouver leur place, les migrant·e·s qui fuient la misère et la guerre, et se lancent sur la mer dans des coques de noix vouées au naufrage, et les Européen·ne·s, qui se demandent comment concilier une certaine fermeté (« on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ») avec une nécessaire humanité (« si je ne m'en préoccupe pas, qui le fera ? »).

Ce roman, dont la rédaction débutée en 2012 a duré quatre ans, est une fiction qui s’appuie sur une série de voyages et de rencontres. Ce travail de documentation et d’appui sur le réel donne au texte sa force narrative et son apparence de témoignages. En 2012 et 2013, Geneviève Damas voyage en Afrique et en Haïti grâce à l’Organisation Internationale de la Francophonie. En 2014, elle accueille chez elle deux mineurs non-accompagnés. Tous ces événements ont donné lieu à de très beaux moments de rencontre et de partage, mais aussi à des épisodes difficiles. Des questions émergent : « Comment accueillir ? », « Quelle place donner à l’autre ? », « À quoi renoncer ? », « Comment la migration nous transforme, nous, Européen·ne·s ? ». L’envie d’écrire sur ces problématiques est renforcée par deux voyages en 2015 : l’un à Niagara[1], frontière a priori non stratégique mais où il y a beaucoup de passage et de clandestinité, l’autre à Lampedusa[2]. La position d’artiste en recherche n’est pas toujours facile à assumer lorsqu’on est confronté·e aux difficultés des migrant·e·s. En parallèle de ce travail, Geneviève Damas publie des témoignages dans le journal Le Soir.

Avez-vous déjà lu/vu/entendu des témoignages de migrant·e·s à leur arrivée en Europe ? De personnes qui les aident et les accueillent ? - Peut-être avez-vous vécu de près ou de loin ces situations ? - Si oui, qu'est-ce qui vous marque le plus dans leurs récits ?

L’ACCUEIL / L’HOSPITALITÉ 

Le roman soulève de nombreuses interrogations, notamment celles de l’accueil et de l’hospitalité, thèmes qui ont donné envie à Frédéric Dussenne de mettre en scène ce récit. Patricia n’est pas un spectacle sur l’immigration mais une évocation des difficultés rencontrées par deux personnes qui doivent apprendre à cohabiter et à communiquer alors que tout les sépare et qu’elles n’étaient pas destinées à se rencontrer.

Inviter des ami·e·s, accueillir des étranger·ère·s sur son sol, recevoir ses parent·e·s... L'hospitalité apparaît depuis longtemps comme un devoir ou un geste de sociabilité partagés par beaucoup. Il s’agit d’un mot très ancien, dont on retrouve la trace dans la plupart des textes hébreux, grecs, romains ou arabes. Cette notion est, par exemple, très présente dans l’Odyssée : lors de ses dix années d’errance, Ulysse s’inquiète de l’accueil qui lui sera réservé à chaque amarrage sur une nouvelle terre. Ce personnage est d’ailleurs devenu pour certain·e·s, la figure symbolique du/de la migrant·e.

L’hospitalité n’est pourtant pas un geste qui va de soi. La relation de l’accueillant·e avec son hôte (invité·e) est complexe. Elle réactive pour l’accueillant·e l’angoisse, présente dans toute rencontre, d’être envahi·e par l’autre, d’être dépossédé·e de son lieu de vie, de ses biens personnels, de son être le plus propre par ce parasite potentiel qu’est l’autre. D’où parfois aussi le sentiment de gêne, de malaise, d’exclusion, et l’envie de fuir d’un hôte qui ne peut jamais vraiment faire comme s’il était « chez lui/elle ». En effet, « accorder son hospitalité, c’est donner sa confiance à un·einconnu·e ; c’est donc accepter le risque d’être privé·e de toute sécurité, de toute assurance intérieure. Le désir d’accueillir et d’aimer, celui d’être accueilli·e et d’être aimé·e - désirs vitaux qui fondent l’humanité - engagent ce risque, cette menace »[3].

L’hospitalité, comprend aussi des règles propres à chaque culture/société, qui peuvent entraîner de manière inconsciente des rapports de supériorité/infériorité entre celui/celle qui reçoit et celui/celle qui est reçu·e. L’accueil peut parfois être paternaliste : on accueille l’autre chaleureusement, comme un membre de sa propre famille, mais en le maintenant, sans forcément le vouloir, dans une situation de dépendance dans laquelle notre aide reste nécessaire. Malgré de bonnes intentions, autant les accueillant·e·s que les personnes accueilli·e·s peuvent être maladroit·e·s et se sentir vulnérables face à l’autre. Un parcours de migration, qu’elles qu’en soient les raisons, peut profondément marquer un individu et rendre complexes et singulières ses souffrances et ses possibilités de rencontre et de communication avec les autres. Comment prendre toutes ses données en compte et accueillir tout en respectant l

Aimez-vous recevoir des proches ou être reçu·e chez eux/elles ? Même question avec des inconnu·e·s ? Si cela ne vous est jamais arrivé, comment imaginez-vous accueillir des inconnu·e·s ou être accueilli·e·s chez des inconnu·e·s avec lesquel·le·s vous ne partagez pas les mêmes habitudes ?

LA RELATION ENTRE DEUX FEMMES

Pour mieux rendre compte de cette thématique, Geneviève Damas et Frédéric Dussenne ont fait le choix d’adapter uniquement les deux derniers monologues. Le spectacle se concentre donc sur la relation qui se noue entre deux femmes. D’un côté, Vanessa, une Centrafricaine de douze ans qui, après un traumatisme, est obligée de grandir dans un monde qui n’est pas le sien. De l’autre, Patricia, une quadragénaire de la classe moyenne française qui n’a jamais eu d’enfant et qui doit s’improviser mère du jour au lendemain. Leur unique lien – Jean Iritimbi, le père de la première et amant de la seconde – disparaît en les laissant seules dans une chambre d’hôtel en Italie. Les deux femmes qui ignoraient tout de l’existence de l’autre, vont devoir apprendre à vivre ensemble malgré leurs différences.

Aux difficultés d’une relation mère/enfant imposée par le destin, s’ajoutent celles liées à leurs cultures, leur rythme et leur rapport au monde qui diffèrent. La relation est d’autant plus compliquée que Vanessa se mure dans son silence. Pour combler le vide et tenter de créer du lien, Patricia, quant à elle, parle sans discontinuer. Comment offrir son aide à une jeune femme qui la refuse ? Comment accepter d’être aidée, de côtoyer l’étrangère qui a remplacé sa mère dans le cœur de son père ?

Au fil des mois et des mots, les deux personnages passent par toute une palette d’émotions : le désespoir, l'attente, la déception mais, malgré tout, quelque chose se noue entre elles, inexorablement, durablement.
Comment imaginez-vous l’évolution de cette relation ? Comment vous sentiriez-vous à la place de Patricia ? Et celle de Vanessa ?
Comment décririez-vous les relations que vous entretenez ou avez entretenu avec vos parents ou vos proches à l’adolescence ?


[1] Il s’agit d’une frontière a priori non stratégique mais où il y a beaucoup de passage et de clandestinité.

[2] Cette petite île italienne est le premier territoire européen sur la route maritime des migrant·e·s qui partent des côtes africaines, notamment libyennes et tunisiennes.

[3] Nathalie Sarthou-Lajus, L'hospitalité dans Études 2008/4 (Tome 408), pages 516 à 527. Philosophe française, rédactrice en chef adjointe de la revue Études depuis novembre 2007.

Du côté de la forme

DU ROMAN AU THÉÂTRE

La pièce se concentre sur les récits de Patricia et Vanessa, qui sont rédigés dans le roman comme des paroles intérieures que chacune adresse secrètement à l’autre. Comment rendre compte de cette dimension au théâtre ? Geneviève Damas et Frédéric Dussenne ont choisi d’imbriquer les deux récits sous la forme de monologues. Alternativement, l’une raconte et l’autre se tait. Le public assiste à la confrontation et devient le témoin des tentatives de rapprochement à travers la parole de l’une et le silence de l’autre.

Les mots sont adressés à un interlocuteur qui n'est physiquement pas présent, mais qui fonde la nécessité de la parole. Les choix de mise en scène ne sont pas encore arrêtés au moment de la rédaction de cette brochure mais le personnage de Patricia pourrait rédiger un journal intime et Vanessa rédiger mentalement une longue délibération muette.

LE LANGAGE NON-VERBAL / L’IMPORTANCE DU CORPS

Privées du langage verbal, les personnages communiquent par le corps, les gestes. Manger, dormir, faire ses besoins… Patricia doit s’occuper du corps de la jeune fille et essayer d’entrer en communication avec elle. Les comédiennes, Consolate Sipérius et Raphaëlle Bruneau, travaillent avec Charlotte Villalonga, comédienne et danseuse, pour expérimenter différents rapports au corps qui flirtent avec la danse. Cette notion corporelle est importante car la différence entre les deux personnages s’inscrit également dans leurs rythmes corporels.

Pour raconter les relations entre Patricia et Vanessa, Frédéric Dussenne a choisi deux comédiennes qui sont particulièrement touchées par les thématiques du spectacle : Consolate Sipérius qui joue Vanessa et Raphaëlle Bruneau qui joue Patricia. Elles n’ont pas l’âge de leur personnage. L’idée n’est pas d’incarner un rôle mais de porter une parole. Frédéric Dussenne est intéressé par le fait que les deux comédiennes soient de la même taille. Il n’y a aucun rapport de force paternaliste ou de domination entre elles, ce qui permet de mettre en valeur l’évolution de leur relation.

Celle-ci se traduit notamment dans les corps. Celui de Patricia est d’abord presque inerte, tandis que celui de Vanessa ne trouve pas de paix. Peu à peu, celui de Patricia se met en mouvement, tandis que celui de Vanessa se calme.

Echanges & ateliers

Geneviève Damas propose un atelier d’écriture sur « le départ, l'arrivée dans un lieu étranger, ce que je ne peux pas dire » de 2x50 min consécutives dans vos locaux. Il pourra avoir lieu partir du 1er octobre et en amont de la venue des groupes sur les représentations.

Frédéric Dussenne propose une rencontre de 50 min, en matinée à partir du 5 octobre, en amont ou aval de la venue des groupes aux représentations.