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No One

No One

Cie Still Life / Sophie Linsmaux / Aurelio Mergola
24.09 - 05.10.2019

Fiche pédagogique

À 20h30 sauf les mercredis à 19h15 (relâche dimanche et lundi).
Ce spectacle s'adresse à tous dès 14 ans.

Du côté du fond

Effet de groupe

Dans le spectacle No One, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola mettent en scène, à travers un univers fantaisiste et totalement décalé, la tension entre l’individu et le groupe. Des touristes, dont le car est tombé en panne, arrivent exténués et passablement énervés dans une pompe-à-essence perdue au milieu de nulle part. Il n’y a aucun réseau mobile. Seul un téléphone-satellite permet d’appeler l’assistance dépannage. Alors que la situation est déjà tendue, le téléphone disparaît. Le groupe va désigner le meilleur coupable et se déchainer contre cette personne.

L’effet de groupe est bien courant dans notre société. Nous allons, qu’on le veuille ou non, imiter les autres et essayer de nous fondre dans la masse. Par exemple, nous préférons choisir un restaurant où il y a du monde, plutôt que le restaurant voisin où il n’y a personne. Mais ce phénomène peut entrainer des comportements totalement irraisonnés. En période de crise, la foule parvient à dissoudre toute hiérarchie et entraine derrière elle l’ordre social. L’individualité s’efface au profit d’une conscience uniforme propre au groupe. En son sein, l’individu semble dépossédé, il devient anonyme. Cela permet la levée des interdits mais aussi l’abandon des valeurs personnelles.

Dans No One, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola questionnent le phénomène de foule, son comportement irraisonné et chaotique. En désignant son bouc émissaire, la foule permet d’assouvir sa violence et devient un bourreau sanguinaire.

Deux événements ont marqué les esprits de Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola et ont déclenché l’écriture du spectacle : la découverte du travail de Jérémie Pujau, performeur français, qui depuis 2005, réalise une performance intitulée « De la poule ou de l’oeuf ». Cette performance consiste à s’installer sur une place publique, à 3 mètres d’une table sur laquelle Jérémie Pujau dispose des boîtes d’oeufs. Filmé par des caméras cachées, il attend, impassible, face à la table que les gens réagissent. Certains passants se servent et partent, mais l’expérience finit presque toujours de la même manière : après avoir vu qu’il ne réagit pas, les passants lui lancent des oeufs, le bombardent dans un effet de groupe assez sidérant.
L’autre déclencheur de l’écriture a été la lecture du roman Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé où il rapporte l’histoire vraie d’un jeune noble lynché, torturé, brulé vif et même mangé par une foule, lors d’une fête de village en 1870.

Vous êtes-vous déjà interrogé sur le fonctionnement de la foule, sa force et sa psychologie ? Quels mécanismes peuvent, selon vous, engendrer la dilution de la responsabilité ? Vous est-il déjà arrivé de vous dire que parfois vous agissiez bêtement, simplement pour faire comme les autres, pour vous conformer au groupe ?

 

Du côté de la forme

Théâtre visuel

Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola font du théâtre sans paroles. Ce type d’écriture non verbale est un choix nourri, une réelle démarche porteuse de sens. L’absence de mots provoque une écoute particulière et permet au public de déployer un regard actif sur ce qui se joue devant lui. Regarder n’est pas un acte innocent. Le spectateur doit entamer une sorte de dissection appropriative de ce qui se joue devant lui. Il est amené à mettre ses sens en éveil, son imaginaire en action, mais aussi et surtout son esprit critique en marche.

L’amputation du langage est aussi une provocation pour le spectateur, un traumatisme. Ses habitudes sont ébranlées. Il est emmené en terrain inconnu : celui des pulsions, des non-dits, des sensations, de la chair, des suppositions. Les mouvements et les corps sont au centre du récit, sans que ce soit pour autant du mime ou de la danse. Le théâtre
sans paroles nécessite un alliage périlleux entre scénario, scénographie et jeu d’acteurs. L’absence de mots implique une distorsion du réel et permet d’entrer dans le réalisme fantastique.

Réalisme fantastique

Dans les spectacles de la compagnie Still Life, le réel est souvent distordu. Nous basculons dans le réalisme fantastique teinté d’onirisme. Au départ, tout semble toujours réaliste, l’histoire débute avec une scène quotidienne : un car de touristes tombe en panne, ils débarquent dans une pompe-à-essence…
Mais petit à petit, le réel se voit détourné, la situation dérape, la fantaisie, le trouble et l’étrangeté font leur entrée, à grands renforts de magie et d’effets spéciaux. Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola aiment mettre en scène des images dérangeantes, mais toujours avec beaucoup d’humour. Ils dépeignent un monde où tout va formidablement mal. Leur potentiel comique leur permet de ne pas tomber dans la morbidité ou l’horreur. Le rire finit toujours pas surgir.

Ecriture scénaristique

Avant d’entamer le travail sur le plateau avec toute leur équipe, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola se mettent autour de la table et écrivent un véritable scénario. Ce texte s’apparente à une longue didascalie détaillée d’enjeux et d’actions, sans aucun dialogue. Ils commencent toujours pas définir un lieu, une galerie de personnages et une intrigue. S’établit par la suite une structure scénaristique qui, peu à peu, se précise et se fragmente en scènes. Ils s’appuient sur ce scénario détaillé pour créer au plateau la mise en forme
des enjeux dramaturgiques et théâtraux. À leurs côtés, ils peuvent compter sur l’expertise de leur co-scénariste, Thomas van Zuylen, scénariste et réalisateur confirmé.

Cette écriture scénaristique se développe en parallèle du travail d’élaboration scénographique du projet, ainsi que de la recherche des costumes, accessoires et effets spéciaux. Les objets sont également très importants dans le développement de l’histoire.

Lieux et caractères typés

Pour leurs spectacles, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola choisissent des lieux bien typés, ainsi que des caractères bien trempés. Pour No One, ils ont fait le choix d’une station-service au milieu de nulle part. La pompe à essence, c’est le lieu anonyme par excellence, ce lieu où l’on ne fait que passer. Ici, cette station-service se trouve dans un trou perdu, sur une route que personne ne fréquente, dans un no man’s land total. Les murs sont décrépis, les rayons sont à moitié vides, rien ne fonctionne ou presque. Nous sommes loin des stations-services ultra-modernes des aires d’autoroutes. De même, les personnages sont très typés. Leurs habits et leurs comportements les définissent rapidement.

Des non-professionnels

Dans No One, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola font appel, en plus des 5 comédiens, à 10 figurants pour jouer le groupe de touristes. Il fallait du monde sur le plateau pour accentuer et rendre visible l’effet de groupe. Il est important pour eux également  de faire appel à des personnes aux physiques très différents les uns des autres et qui ont l’air naturel, à l’image des touristes d’un car touristique.

Echanges & ateliers

Sophie Linsmaux et Aurélio Mergola sont disponibles pour un atelier de 2x50 min en journée, dans vos locaux, le jeudi 26 septembre et du lundi 30 au vendredi 4 octobre 2019.

Ils pourront vous parler de la naissance de ce projet, de la scénographie et, pour faire un lien avec les thématiques du spectacle, vous faire jouer une scène de groupe.

Cet atelier est proposé en amont de la représentation.