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Long live the life that burns the chest

Long live the life that burns the chest

Armel Roussel / Jarmo Reha
05 - 09.11.2019

Fiche pédagogique

À 20h30 sauf mercredi à 19h15.
Ce spectacle s'adresse à tous dès 15 ans.

Du côté du fond

LES THÈMES LIÉS À L’ENTRÉE DANS L’ÂGE ADULTE

En 2018, Armel Roussel met en scène L’Éveil du Printemps du dramaturge allemand Frank Wedekind. La pièce raconte le parcours d’un groupe d’adolescents, dont trois en particulier, qui arrivent à l’âge où les pulsions prennent le pas sur  les restes d’enfance et où une force irrésistible les envahit et les submerge, les amenant à transgresser les tabous sociaux et éducatifs. Se frayant un chemin vers le monde des adultes, ils se heurtent  aux conventions et aux règles d’une société incapable d’apaiser les angoisses de la jeunesse. La pièce suit les errances, les questionnements, les emballements, les désillusions et les angoisses de ces adolescents en passe de devenir des « adultes responsables ».

La pièce pourrait sembler grave, elle n’en est pas moins lumineuse. Wedekind ne donne jamais une couleur unique aux sentiments. Il y a une forme d’humour, d’ironie, de drôlerie cruelle qui parcourt la pièce de bout en bout, y compris dans ses moments les plus dramatiques.

La pièce, qui date de 1891, a suscité depuis sa création de vives réactions à cause des thèmes qu’elle aborde : la naissance du désir, le sexe, l’amour, l’homosexualité, les tabous, les rapports hommes/ femmes, l’autorité, la religion, la mort… Elle a été caractérisée de pornographique. Aujourd’hui encore, la pièce n’est pas comprise partout de la même manière. Son sujet intemporel continue à faire parler, malgré que le rapport à la sexualité ait changé depuis 1891 et que l’apogée d’internet donne un accès facile à la pornographie.

L’Éveil du Printemps parle de la naissance du désir sexuel chez les adolescents. Cette métamorphose amène le texte vers des questions plus larges sur notre place dans le monde, l’identité, la pulsion, l’autorité, la famille, la morale, la religion, la mort, le bien et le mal. La pièce aborde de nombreux sujets qui restent tabous dans nos sociétés : violence, suicide, viol, masturbation, homosexualité, avortement, échec, peur, prostitution…

Qu’est-ce qui fait scandale encore aujourd’hui ? Est-on plus puritains qu’avant ? Certaines de ces thématiques vous choquent-elles ? Pourquoi ? Pensez-vous que ces sujets doivent rester privés, intimes ou est-il intéressant de les traiter collectivement ?

UNE TÉTRALOGIE

L’Éveil du Printemps accompagne Armel Roussel depuis vingt-cinq ans. La période de l’adolescence le poursuit et est présente dans la plupart de ses spectacles. Il décide de poursuivre le projet de L’Éveil du Printemps et d’interroger ses thématiques autrement et ailleurs. Il envisage une tétralogie (quatre spectacles) autour de L’Éveil du Printemps dont la mise en scène de 2018 était le premier volet. Chaque volet de la tétralogie a une démarche spécifique et peut vivre indépendamment des trois autres.

Long live the life that burns the chest (qui signifie Que vive la vie qui brûle la poitrine) est le deuxième volet et interroge les thèmes de L’Éveil du Printemps à travers le monde. Éther/After, le troisième spectacle dont il présentera une étape de travail en novembre 2019, fera entendre la parole de la jeunesse bruxelloise sur ces mêmes thématiques. Enfin, le quatrième et dernier volet s’intitulera Printemps/Congo et sera créé à Kinshasa, dans le cadre du festival « Ça se passe à Kin ». La pièce sera totalement réécrite par Sinzo Aanza et jouée par des acteurs congolais.

Connaissez-vous d’autres oeuvres qui sont retravaillées de mille et une façons différentes ? Y a-t-il des thèmes ou des textes qui vous poursuivent ?

L’ÉVEIL DU PRINTEMPS AUJOURD’HUI, À TRAVERS LE MONDE ET EN BELGIQUE

Pour Long live the chest that burns the chest, Armel Roussel s’est rendu aux quatre coins du globe, accompagné d’un acteur estonien, Jarmo Reha, et d’un réalisateur, Julien Stroïnovsky, pour questionner les thématiques de L’Éveil du Printemps et le texte auprès de comédiens locaux. Ils sont allés au Japon, au Sénégal et en Inde, des pays marqués par trois religions différentes : le bouddhisme/shintoïsme, l’islam et l’hindouisme. Comment L’Éveil du Printemps est-il perçu, compris et reçu dans ces pays ? Les différences culturelles et philosophiques jouent un rôle prépondérant dans la réception d’une oeuvre.
Lors des workshops qu’Armel Roussel a menés dans ces trois pays, des points communs sont ressortis des conversations. Le féminisme, ou l’absence de féminisme, a été un sujet de discussion partout. Dans les trois pays, les femmes disent vivre dans des sociétés dominées et dirigées par les hommes, mais le rapport à cela diffère dans chaque pays. Au Sénégal, la parole est clairement plus virulente qu’au Japon - où c’est vu comme une fatalité, voire une normalité - ou qu’en Inde où l’on est plus relativiste, détaché. Le rapport au corps et à la représentation du corps a souvent été débattu. Dans les trois pays, la nudité sur scène est problématique. Aussi bien au Japon, en Inde qu’au Sénégal, se manifeste, différemment, une insatisfaction profonde devant l’avancée du monde. Le combat pour vivre, l’argent, la possession ou encore le bonheur sont aussi souvent revenus dans les discussions.

Chaque pays a développé davantage certaines thématiques. Au Japon, il a beaucoup été question de la solitude et de l’extinction du désir dans une société ultra-capitaliste. Au Sénégal, la religion, le rapport homme-femme et l’influence de l’islam sur la construction amoureuse dans une société basée sur la famille ont été au centre des discours. Enfin, en Inde, le rapport à la mort et à la fête a été la ligne principale. La mort y est vécue comme une libération festive qui réunit tout le monde. La société indienne est surpeuplée, tout en restant solidaire, mais son système est ultra hiérarchisé et très inégalitaire.

Long live the life that burns the chest parle de la construction d’identité, celle du comédien Jarmo Reha, et de sa métamorphose due aux contacts des différentes cultures. Au centre du récit, se trouvent l’acteur, son corps, sa toute puissance émotionnelle. Jarmo devient écran de projection de ce qu’il a vu, entendu… Il se décrit sous toutes les coutures et va de plus en plus vers des choses intimes, des choses que l’on ne dit pas. Fiction et réalité se mêlent l’une à l’autre.

Pour Éther/After, la volonté du metteur en scène et de son équipe est de questionner la jeunesse bruxelloise en allant à sa rencontre, notamment en classe, de la questionner à son tour sur les thèmes de L’Eveil du Printemps et d’ainsi boucler la boucle.

Pensez-vous que L’Éveil du Printemps soit une pièce universelle ? Pourquoi les tabous sont-ils vécus différemment dans les quatre coins du monde ? Selon vous, quelles thématiques seront le plus débattues à Bruxelles ? Y aura-t-il de grandes différences avec celles débattues dans les autres pays ?

Du côté de la forme

LONG LIVE THE LIFE THAT BURNS THE CHEST

Long live the life that burns the chest – spectacle présenté en anglais surtitré en français – met en scène un seul comédien : Jarmo Reha. Ce solo – chose assez rare dans le parcours d’Armel Roussel qui travaille généralement avec beaucoup d’acteurs sur le plateau – propose une scénographie très dépouillée. Le spectacle est sublimé par les vidéos de Julien Stroïnovsky, témoins des voyages au Japon, en Inde et au Sénégal et réceptacles de L’Éveil du Printemps vu d’ailleurs. Ces vidéos permettent l’ouverture sur le monde, l’arrivée d’autres intervenants et apportent un côté documentaire au récit

ÉTHER/AFTER

Cette saison, sera présentée une première étape de travail de Éther/After. Ce projet va s’étaler sur deux saisons. Le procédé utilisé est en partie participatif et provient d’un travail d’enquête et de la récolte de témoignages. La parole est donnée aux jeunes Bruxellois qui deviennent les dramaturges du récit. Qu’est-ce qu’ils aimeraient voir sur scène ? Qu’est-ce qu’ils aimeraient dire ? Comment parleraient-ils de telle ou telle chose ? Ce procédé, qui appelle aux fantasmes, renvoie à celui qui avait été utilisé dans Passez commande !, un projet précédent d’Armel Roussel où qui le voulait pouvait formuler une commande (une citation, un poème, une situation, un thème, une chanson… ou tout ce qui provient de la fantaisie, du désir ou de l’imaginaire du spectateur commanditaire). Chaque commande faisait par la suite l’objet d’une scène de 3 minutes maximum.

À travers des ateliers d’écriture et de jeu, les adolescents traverseront les thématiques de L’Éveil du Printemps. L’équipe artistique – avec une grande distribution d’acteurs – retravaillera par la suite les commandes sur le plateau et créera à partir de toute cette matière un spectacle qui se voudra une grande fête théâtrale, une célébration dansée et musicale.

Echanges & ateliers

En vue de la création du spectacle ÉTHER/AFTER, dont une courte étape de travail sera présentée à la suite du spectacle LONG LIVE DE LIFE THAT BURNS THE CHEST, la compagnie désire entendre et s’inspirer de la parole de la jeunesse bruxelloise.

ÉTHER/AFTER sera présenté dans sa version longue en janvier 2021 mais se créera par courtes périodes de travail déjà à partir d’octobre 2019. À cette fin, la compagnie propose à des classes d’adolescents (13-19 ans) de travailler avec eux autour de la pièce L’Éveil du Printemps de Frank Wedekind et de questionner ensemble ses thèmes (la naissance du désir, les tabous, les rapports hommes/femmes, l’autorité, la religion, la mort, etc.) dans le Bruxelles d’aujourd’hui. Le matériel dramaturgique qui sera extrait de ces ateliers sera ensuite utilisé, avec le consentement des élèves, dans le travail de création qu’Armel Roussel entamera avec les acteurs.

Cette collaboration permettra aux classes volontaires et leurs professeurs de se retrouver à la naissance d’un processus de création. À travers des ateliers d’écriture, de lecture et de jeu, ils seront amenés à élaborer un matériau de travail qu’ils verront ensuite être porté à la scène par une compagnie professionnelle. Le format proposé est celui de 2 ateliers de 2x50 minutes mais les rencontres pourront prendre d’autres formes selon les disponibilités et désirs des différentes classes.

La compagnie cherche déjà à rencontrer des élèves à partir de la rentrée et jusqu’au 18 octobre, en amont de la courte forme présentée au Théâtre Les Tanneurs et à laquelle les élèves seront conviés, mais aussi plus tard dans l’année pour la suite du travail (voir périodes possibles dans le calendrier général au milieu de la brochure : nov, dec, janv, du 30 mars au 3 avril, mai et du 15 au 20 juin).