Tickets
Les Falaises

Les Falaises

Fany Ducat / Antonin Jenny
22.01 - 01.02.2020

Fiche pédagogique

À 20h30 sauf les mercredis à 19h15 (relâche dimanche et lundi).
Ce spectacle fait partie du Pass à l'Acte.
Il s'adresse à tous dès la 5ème secondaire (17 ans).

Du côté du fond

LE LIEU COMME POINT DE DÉPART

Antonin Jenny part souvent d’un lieu avant même d’écrire l’histoire. C’est le lieu lui-même qui dicte l’orientation de la narration. Ainsi, le jeune metteur en scène a créé son projet de fin d’études de l’INSAS (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle) dans un couloir de l’école. C’est le choix de ce corridor qui a orienté par la suite tout son travail dramaturgique.

Les Falaises devrait être le premier volet d’une série de quatre spectacles. Pour chacun de ces spectacles, Antonin Jenny imagine un lieu. Les Falaises se déroule dans un commissariat. Il ne s’agit toutefois pas du commissariat dernier cri d’une grande capitale, mais plutôt d’un commissariat décrépi d’une petite ville de province. Les trois autres volets devraient se dérouler respectivement dans une mairie, une ferme et les coulisses d’un opéra. Antonin Jenny imagine les quatre épisodes se dérouler dans une ville moyenne, au bord de l’océan, peut-être en Bretagne, mais pas forcément. Seul le lieu – la ville imaginaire choisie – reliera les quatre spectacles entre eux. Chaque histoire aura sa propre intrigue et ses propres personnages.

Avez-vous des exemples de films, livres ou pièces de théâtre où tout tourne autour du lieu de l’action ? Le titre Les Falaises vous inspire quoi ?

LES RELATIONS PERSONNELLES ET PROFESSIONNELLES

L’action du spectacle Les Falaises se déroule dans un commissariat. Pourtant, rien ne laisse présager que nous allons suivre une intrigue policière. On ne voit aucun prisonnier, on n’assiste à aucun interrogatoire, on n’apprend quasi rien sur les affaires en cours. Le milieu policier est totalement décalé, autant dans la scénographie que la dramaturgie. L’essentiel de l’action se situe ailleurs : Antonin Jenny nous donne à voir les relations professionnelles qu’entretiennent les différents policiers travaillant dans ce poste, mais surtout leurs relations personnelles qui deviennent inextricablement liées.

Bozec, Bruno, Claude, Denis et le commissaire passent toutes leurs journées ensemble, ainsi qu’une partie du temps à discuter dans un couloir entre deux bureaux. Ils en viennent forcément à parler d’eux-mêmes. Ils racontent leur quotidien, leurs doutes, leurs questionnements, ils confient leurs mensonges, angoisses, amours, désamours, trahisons, manques, échecs… Chacun se livre et écoute l’autre.

Les relations privées des personnages sont partagées au boulot et prennent le pas sur toutes les affaires professionnelles. La pièce donne à voir une cartographie des relations réelles et fantasmées de collègues sur leur lieu de travail. Les années s’écoulent, certains mystères demeurent. L’intrigue tourne autour des objectifs ratés des personnages qui restent inchangés, comme si le temps n’avait que très peu d’emprise sur eux.

Comment un groupe de travail se transforme-t-il en groupe amical ? D’après le lieu de l’action – le commissariat – pensiez-vous que le sujet aurait traité de ça ?

INSPIRATIONS

Les influences d’Antonin Jenny pour le spectacle Les Falaises sont nombreuses. Même s’il n’y a pas vraiment d’intrigue policière dans la pièce, l’ambiance des polars est très présente. Depuis tout petit, Antonin lit et regarde de nombreux thrillers. Il puise l’essentiel de son inspiration dans des films, romans et bandes dessinées. Les personnages et les codes de jeu du cinéaste finlandais Kaurismaki, les lumières du réalisateur français Maurice Pialat, les narrations du réalisateur italien Sergio Leone (et père du western spaghetti) ou de l’Américain Joseph Losey, l’utilisation de l’espace transformé par le temps qui passe dans la bande dessinée Ici de Richard Mc Guire, le suspense psychologique de la bande dessinée Paysage après la bataille d’Eric Lambé et Philippe de Pierpont, les silences qui s’installent, l’attente… l’ont particulièrement marqué et ont inspiré l’écriture du spectacle Les Falaises.

Antonin Jenny reprend également certains codes de jeu de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps qui ont créé Les Deschiens. Le côté « looser » l’intéresse. Dans ses influences, on peut encore citer le bédéiste japonais Jirô Taniguchi et le cinéaste japonais Kateshi Kitano qui a créé, dans ses films, des plans-séquence où rien ne semble se passer. Beaucoup de ses films font preuve d’une philosophie sombre, voire nihiliste, mais non sans humour ni affection pour ses personnages.

Quels auteurs, réalisateurs ou artistes vous inspireraient si vous deviez créer une oeuvre ? Nos références musicales, littéraires, cinématographiques… nous influencent-elles beaucoup ?

Du côté de la forme

ÉCRITURE : TEMPS ET RYTHME

Antonin Jenny ne désire pas raconter une histoire linéaire. Le récit n’est pas classique : ni explicatif ni narratif. L’histoire des Falaises se déroule sur trente-cinq années. Les temporalités sont distordues. Il y a des allers-retours fréquents et de nombreuses ellipses – une semaine, un mois, deux ou dix années peuvent être tout d’un coup sautées. La notion de durée est totalement déformée : une conversation de cinq minutes peut en durer quinze alors que dix années s’écoulent en deux secondes. Le temps n’est plus perceptible qu’à travers les corps des acteurs qui vieillissent, à l’aide de masques ou avec la présence d’une actrice plus âgée pour jouer le même rôle que l’agente Bozec.

L’écriture de la pièce passe essentiellement par le rythme. A priori, une pièce qui se passe dans un commissariat devrait être intense. Il devrait toujours s’y passer quelque chose. Le rythme devrait aller crescendo et créer une attente, parfois insoutenable, chez le spectateur. C’est ce que l’on appelle le suspense et qui est énormément utilisé dans les thrillers. Toutefois, dans Les Falaises, nous ne retrouvons pas le rythme effréné qui habite les commissariats des séries télévisées. La tension, le suspense, se situe ailleurs. Les spectateurs attendent quelque chose – mais quoi ? Il y a un véritable travail sur le rythme.

Même si l’histoire des Falaises ne parle pas d’un meurtre ou d’une sombre affaire policière, Antonin Jenny fait appel aux changements de rythme et, comme pour le temps, il aime le distordre. Chaque chose impose son propre rythme : une phrase, une séquence, une discussion, un silence… et tous ces tempos avancent parallèlement. Le rythme de la parole, par exemple, peut refléter l’angoisse du personnage ou l’expression d’un manque.

Le rythme est une notion importante dans le travail sur le plateau. En jouant dans la pièce et en s’entourant d’acteurs avec qui il travaille depuis plusieurs années, Antonin Jenny a l’impression de mieux comprendre les enjeux d’une scène groupée, mais aussi la place de chacun, les rythmes qui leur sont propres.

MÉLANGE DES CODES ET DES GENRES

Antonin Jenny détourne le genre policier en déplaçant l’endroit de la tension – axée ici sur les objectifs personnels des personnages – et en bouleversant les attentes des spectateurs. Il s’amuse à déplacer le réel et à mélanger de nombreux genres : l’absurde, le tragique, le comique, le burlesque, la mélancolie, le réalisme, le populaire se rencontrent et s’épousent parfaitement. Ce qui crée un univers et une écriture uniques.

Antonin Jenny veut avant tout éviter le spectaculaire et l’attendu. Le récit absurde et comique du quotidien se déplace parfois dans des situations totalement maladroites. Les personnages nous font rire par leur sincérité et leurs aveux. Les codes de jeu sont fort définis et en concordance totale avec l’écriture. L’esthétique est très étudiée. Le réel est magnifié comme une oeuvre d’art inquiète, enfouie et drolatique.

UN PREMIER SPECTACLE BIEN ENTOURÉ

Un premier spectacle n’est jamais facile dans le parcours d’un.e metteur.se en scène. Il faut bien souvent s’armer de patience et de courage en allant sonner à toutes les portes et espérer qu’un théâtre veuille bien se lancer dans l’aventure en finançant le spectacle d’un parfait inconnu. Les Falaises est le premier spectacle, dans un cadre professionnel, d’Antonin Jenny. Ce dernier a eu la chance d’être repéré alors qu’il était encore étudiant. En 2017, son travail de fin d’études à l’INSAS, intitulé Le commissariat/Les Falaises, a été accueilli très positivement par le corps enseignant et les professionnels présents. Voyant son potentiel, le metteur en scène Armel Roussel le prend sous son aile pour l’aider à concrétiser ses projets. Alexandre Caputo, le directeur artistique du Théâtre Les Tanneurs, lui emboîte le pas et le désigne comme l’un des neuf artistes associés du nouveau projet artistique des Tanneurs.

Antonin Jenny peut compter sur une équipe forte, qui l’accompagne depuis ses débuts : l’éclairagiste et assistante à la mise en scène Alice De Cat et Charles-Hippolyte Chatelard, architecte et scénographe. À eux trois, ils viennent de créer leur propre compagnie de théâtre professionnel : Fany Ducat. Une solide équipe de comédiens rencontrés à l’INSAS les entourent également : Tom Adjibi, Sacha Fritschké, Maya Lombard et Thomas Noël.

Echanges & ateliers

Antonin Jenny est disponible pour une rencontre de 50 min en journée, dans vos locaux, du lundi 27 au vendredi 31 janvier 2020.

Lors de cette rencontre, il parlera de quelques auteurs et réalisateurs qui ont nourri son travail. Il tentera également, par quelques exercices pratiques, de faire éprouver les notions de rythme et de déplacement du réel présentes dans son spectacle. Cette rencontre peut avoir lieu en amont ou en prolongement de la représentation.