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December man

December man

Colleen Murphy / Georges Lini
13 - 24.11.2018

Fiche pédagogique

6 décembre 1989, école Polytechnique de Montréal. Un homme armé entre dans une classe, sépare les hommes des femmes et tue ces dernières. 14 décès – 14 blessés. 24 femmes – 4 hommes.

Jean y était. Il s’est enfui et a échappé au drame immédiat. Il n’a pas été blessé, mais qu’en est-il de l’onde de choc d’un tel événement ? Quels en sont les effets secondaires ?

December man raconte l’histoire de la famille de Jean durant les deux années qui ont suivi la tuerie et montre comment la violence publique continue de détruire, dans l’intimité et souvent en silence, les victimes collatérales.

Un récit qui montre l’impuissance de l’entourage, la maladresse de ceux qui s’aiment face au traumatisme. L’écriture de Colleen Murphy, sensible et observatrice, mêle l’humour au drame pour dépeindre tout en finesse les mécanismes psychologiques d’humains aux prises avec l’horreur.

Georges Lini signe une mise en scène léchée, où le spectateur est emporté dans la reconstruction de cette catastrophe singulière, qui résonne avec tant d’autres évènements qui font notre actualité.

Du côté du fond

Ce spectacle est une production du Théâtre de Namur en coproduction avec le Théâtre Les Tanneurs. Xavier Mailleux a lu plus d’une septantaine de texte anglosaxon et en a traduit cinq. December Man est la deuxième à voir le jour. Il a semblé évident au Théâtre de Namur de proposer ce texte à Georges Lini. Tout d’abord parce que cette histoire, écrite sur le fil du rasoir, nécessitait un regard sensible et exigeant, à mille lieues du mélo. Ensuite parce que Georges Lini plonge et replonge dans les histoires de famille sans que jamais aucune ne ressemble à la précédente. Et enfin, parce qu’il a ce petit truc en plus avec les auteurs canadiens.

Georges Lini a eu un choc lors de la découverte de ce texte de Colleen Murphy, il en a été profondément bouleversé et a souhaité monter ce spectacle pour partager aux spectateurs ce bouleversement. Ce qui l'a intéressé le plus, au-delà de l'histoire de Jean et de ses parents et de tout ce qu'elle questionne (la violence, les conséquences indirectes de celle-ci, son traitement médiatique également), c'est la finesse de l'écriture du texte et l'observation minutieuse des mécanismes humains et des rouages familiaux qui y sont exposés.

Le procédé dramaturgique spécifique de la pièce est un des ressorts qui est à la base du travail de mise en scène. En effet, le spectacle commence par la scène finale et toute l'histoire se déroule ensuite à rebours. Cela place le spectateur en état d'alerte et l'oblige à une implication émotionnelle puissante. Les spectateurs ne se posent pas la question habituelle "que va-t-il se passer?" mais plutôt "pourquoi les choses se sont-elles passées ainsi?".

Le texte et sa structure sont donc le premier pilier du travail de Georges Lini.

Le second pilier de la mise en scène, c'est le corps des acteurs, leur physicalité. L'accent est mis sur un jeu d'acteur concret, physique et réaliste plutôt que psychologique. Ce choix est notamment lié au caractère réel de l'histoire, puisque la pièce se base sur des faits réels, vécus par des personnes devenues personnages incarnés par des acteurs.

Du côté de la forme

MASCULINISME

L'auteur de la tuerie de l'École Polytechnique de Montréal s'est présenté comme faisant partie d'une mouvance masculiniste, ouvertement mysogine. Il cherchait en fait à tuer des femmes, considérant qu'elles n'avaient pas le droit de faire des études les destinant à devenir ingénieures, ce métier devant selon lui être réservé aux hommes. Le mouvement du "masculinisme" est flou et mal défini : certains prétendent qu'il se préoccupe de la condition masculine et cherche simplement à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts, d'autres qu'il s'agit d'un mouvement qui souhaite défendre et maintenir la position dominante des hommes dans la société, au détriment donc de celle des femmes.

Avez-vous d'autres exemples en tête de violences "masculinistes" ? Pouvez-vous donner une définition du féminisme ? En quoi le féminisme et le masculinisme sont-ils des mouvements différents ?

LA VIOLENCE PUBLIQUE

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la violence est l'utilisation intentionnelle de la force physique ou de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d'entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès. La violence publique est celle qui a lieu sur la place publique, qui est visible, tangible, relayée dans les médias, qui existe et est impactante à la fois pour ses victimes directes mais aussi pour toutes les personnes qui y sont exposées indirectement de par son caractère public. L’attentat de l’école Polytechnique de Montréal en 1989 est un fait réel de violence publique.

Pouvez-vous trouver d'autres exemples de violence publique ? Parmi ces exemples, y en a-t-il qui vous ont déjà touché plus directement que d'autres ? Lesquels ? Pourquoi ? Et comment vous ont-ils impactés ?

VICTIMES COLLATÉRALES

Le propre de la violence publique est d'avoir un impact dans un espace ouvert, d'avoir un impact collectif. Les guerres, les attaques terroristes, les faits de violences quotidiennes publiques et — plus encore — médiatisées touchent et atteignent même les personnes qui ne sont pas directement impliquées dans la violence initiale. Lorsqu'un évènement tragique se produit en public et est médiatisé, il disparaît ensuite aux yeux de la plupart mais subsiste en privé pour ceux qui en ont été victimes. Dans le spectacle, Jean n'a pas été touché physiquement par la violence à laquelle il a assisté, mais il en reste blessé moralement et psychiquement durablement, bien après l'attentat violent lors duquel il était présent. Il est à la fois victime directe et indirecte, mais ses parents seront bien des victimes indirectes du drame.
 
Dans quelles autres circonstances peut-on rencontrer des victimes collatérales de violences ?

PSYCHOLOGIE FAMILIALE

Le spectacle est un drame familial, il raconte l'histoire de Jean mais également de sa famille, une famille modeste et aimante. Les conséquences de la tuerie sur Jean impactent ses relations avec sa famille et modifient finalement toute la dynamique familiale, ses relations avec ses parents, et donc finalement ses parents eux-mêmes. Le noyau familial est une sorte de microcosme, un système, avec une organisation qui lui est propre. Si un élément du système est déséquilibré, c'est tout le système qui doit se repositionner. La souffrance de Jean suite à la tuerie a provoqué un dysfonctionnement important dans le système familial, qui aura de nombreuses conséquences sur les membres qui le composent. Les parents de Jean sont aussi très démunis face à sa blessure, ils réagissent comme ils peuvent mais ne trouvent pas les mots pour l'aider à guérir. Ils sont au contraire engloutis avec lui dans un cercle vicieux douloureux.
 
Pensez-vous que la famille de Jean aurait pu réagir différemment ? Confrontés à une telle situation, quel élément du cercle vicieux dans lequel a été plongée la famille de Jean aurait-il fallu modifier pour que l'issue de l'histoire soit différente ? Sur quels éléments peut-on avoir une prise dans de telles circonstances ?

Echanges & ateliers

Ce spectacle s’adresse à tous dès 16 ans (durée 1h15)

Rencontre
L’équipe artistique propose une rencontre de 50 min. Cette rencontre peut avoir lieu en classe, en préparation ou en prolongement du spectacle. L’équipe est disponible le jeudi 15 ou vendredi 16 ainsi que du lundi 19 au vendredi 23 novembre 2018.
Nous vous conseillons de visionner le film Polytechnique de Denis Villeneuve (durée 1h17) pour connaitre le contexte de la tuerie.

Ateliers
12h d’ateliers d’écriture et de jeu théâtral seront organisés avec une des classes du Pass à l’acte. Nargis Benamor et Georges Lini en seront les animateurs.