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Calimero

Calimero


19 - 30.03.2019

Fiche pédagogique

Comme point de départ de cette nouvelle création de la compagnie Transquinquennal, il y a l’exploration de la thématique de la colère et la conscience de ses membres qu’ils peuvent eux-mêmes être l’objet, la cible d’une colère légitime.

En effet, qui n’a jamais ressenti de colère face à des hommes blancs hétérosexuels dans la cinquantaine ? Qui n’a jamais été irrité par les privilèges que leur confère leur position dominante dans notre société ? Qui ne s’est jamais emporté face à leurs certitudes, leurs explications, leurs idées, leurs blagues, leur méconnaissance des réalités d’autrui ?

Les membres du collectif, conscients de leur statut dominant et reconnaissant n’avoir pas d’expérience de la minorisation, se mouillent : « Le monde résiste à nos désirs, nos aspirations, notre volonté, il s’éloigne de notre idéal. Nous en venons parfois à le haïr et nos révoltes nous étouffent plus qu’elles nous libèrent, peut-être parce que nous échouons à le changer. Peut-être parce que tout simplement, nous ne voulons pas qu’il change. Parce que nous avons peur de nous perdre, de tout perdre de ce que nous sommes, de perdre notre place dans l’ordre du monde. Dans Calimero, nous allons essayer de comprendre ce que nous ne voulons pas entendre. Nous sommes trois hommes blancs hétéro, dans la cinquantaine. Nous voulons éprouver et faire l’expérience de l’irritation que provoquent notre place, nos positions, nos privilèges, nos actes. Comment affronter, ressentir, et faire ressentir ce que notre masculinité, notre blanchitude, notre hétérosexualité, nos positions prétentieuses et pleines d’orgueil, notre égoïsme, notre domination, notre paternalisme provoquent, étouffent, détruisent, ignorent ? Si nous vous irritons déjà, ne laissez pas passer cette occasion : faites avec nous le pari de notre sincérité, dites-nous comment et pourquoi nous vous irritons et envoyez-nous un mail à l’adresse suivante : irritation@transquinquennal.be »
Bernard Breuse, Miguel Decleire & Stéphane Olivier

Du côté du fond

Transquinquennal souhaitait à la base travailler à partir d’un texte existant qui abordait ces questions qui les intéressaient (la domination masculine, le féminisme, les minorisations d’individus dans notre société). Finalement, ils ont abandonné l’idée d’utiliser ce matériel textuel car ils souhaitent explorer ces thématiques tout en explorant également la forme théâtrale, sans se laisser enfermer dans un texte qui aurait réduit leurs possibilités. Transquinquennal a l’habitude d’interroger et d’essayer de repousser les codes du théâtre et d’amener le spectateur là où il ne s’y attend pas, dans des dispositifs surprenants. Pour ce spectacle, ils souhaitent faire participer les spectateurs en amont de la construction de la création, puisqu’ils demandent de manière large aux gens de leur envoyer par mail les raisons de l’irritation qu’ils peuvent provoquer. Ils ont aussi contacté des femmes et lu beaucoup de choses au sujet de ces questionnements, et la forme de leur spectacle sera en partie déterminée par ces échanges préalables qui nourriront leur travail d'écriture. Un des éléments principaux et importants de leur théâtre est l’humour, l’ironie, qu’ils utilisent comme armes théâtrales qui peuvent provoquer des réactions, pousser à l’action, faire réfléchir.

Du côté de la forme

LA COLÈRE

Au point de départ du spectacle, il y a le souhait de l’équipe de Transquinquennal de travailler sur la colère, qui est une des émotions primaires de l’humain, comme la tristesse, la joie et la peur. Elle est d’ailleurs souvent une réaction consécutive ou liée à une frustration, une blessure, une tristesse. On constate que la colère a majoritairement mauvaise presse : elle est considérée comme non-avenue, on la voit comme une émotion irrationnelle et mal maîtrisée, pouvant provoquer des réactions violentes et toxiques. On la confond souvent avec l’agressivité et on souhaite tout simplement s’en libérer, la contraindre, la faire taire. Ici, l’idée est de prendre le contre-pied de cette image et de considérer la colère comme étant avant tout une pulsion positive, permettant de manifester un désaccord face à un déséquilibre et offrant ainsi une visibilité à ce déséquilibre. La colère étant en fait plutôt saine puisqu’elle marque le premier pas vers un changement nécessaire ou tout du moins souhaité. Il faudrait donc non pas l’apprivoiser pour la museler, mais plutôt chercher à la comprendre, à voir d’où et pourquoi elle surgit et ce qu’elle souhaite voir évoluer. L’idée des membres de la compagnie Transquinquennal est de questionner non pas leur propre colère, mais la colère qu’eux-mêmes peuvent provoquer chez autrui. Ils acceptent de reconnaître qu’ils occupent une position dominante dans l’ordre du monde actuel et sont conscients que celle-ci peut provoquer la colère de ceux qui n’y sont pas. En effet : qui n’a jamais ressenti de colère face à une injustice ?

D’où viennent nos colères ? Quelle est la dernière fois que vous avez ressenti un sentiment de colère et face à quelle situation ? Comment est perçue habituellement la colère ? Qu’ont-ils modifié dans nos façons de nous parler ? Quels nouveaux types d’interactions la communication numérique permet-elle ?

LE PATRIARCAT

La reconnaissance par les membres de l’équipe de Transquinquennal de leur position dominante vient de leur constatation du fait que nous vivons dans une société patriarcale, c’est-à-dire un système d’organisation de la société où l’autorité est détenue par les hommes. Eux-même étant des hommes d’un certain âge, ils y occupent ainsi une position dominante. L’organisation patriarcale de nos sociétés provoque un déséquilibre puisque les femmes y ont moins de pouvoir, donc moins de facilités et toute une série d’autres injustices sont provoquées par cet état de fait. La tentation du conservatisme est donc grande pour les hommes qui sont les « grands gagnants » du patriarcat, ceux pour qui les choses sont les plus faciles puisque le monde est construit pour et par eux. Ce sont eux qui en fixent les règles et elles leur permettent d’accéder au pouvoir et aux privilèges plus facilement.

Êtes-vous d’accord avec cette analyse ? Pourquoi ? Pouvez-vous donner quelques exemples de déséquilibres dans notre société ? Quelles sont les conséquences de cette organisation patriarcale ? Provoque-t-elle des injustices ? Lesquelles ? Quelles réponses peuvent-elles y être apportées ?

L’INTERSECTIONNALITÉ

L’intersectionnalité est une notion employée en sociologie qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de discrimination ou de domination dans une société donnée. Le terme a d’abord été inventé pour parler des afro-américaines qui subissaient à la fois le sexisme et le racisme. Les significations données au terme ont été élargies pour englober toutes les formes de discriminations qui peuvent s’entrecroiser : racisme, sexisme, homophobie ou transphobie, grossophobie, etc. Ainsi, dans notre société, on constate que les personnes qui échappent le plus aux discriminations et qui ont le plus de facilités sont les hommes blancs hétérosexuels ni trop jeunes ni trop vieux. Ce que sont les membres de la compagnie Transquinquennal. Ils reconnaissent leur incapacité à prendre vraiment conscience et à ressentir en profondeur ce que peuvent ressentir des personnes qui sont minorisées, mais ne peuvent faire autrement puisqu’ils sont eux-même produits par cette société qui les favorise. Ils ne peuvent qu’en prendre conscience, le reconnaître et essayer de s’interroger sur cet état de fait, sans s’approprier un combat qui n’est pas le leur.

Connaissez-vous des exemples de personnes subissant cette intersectionnalité des dominations ? Connaissez-vous des personnes qui combattent ces injustices ? Qui, pourquoi et comment ? Ces combats vous semblent-ils utiles ?

CALIMERO

Calimero est un personnage de fiction du dessin animé du même nom : c’est un poussin malchanceux, seul poussin noir dans une portée de poussins jaunes, il porte sur la tête un morceau de sa coquille d’oeuf brisée. Son expression est « c’est vraiment trop injuste », il se plaint sans cesse et se croit victime de tous et de tout. Il devient le symbole de la personne victime d’un syndrome de persécution : selon lui, ses malheurs sont toujours à imputer aux autres, il n’est responsable de rien, tout le monde lui en veut. Le choix de ce titre vient de la position que souhaitent prendre les membres de Transquinquennal dans ce spectacle. Ils essaient de se dénoncer eux-mêmes, de montrer en quoi ils dominent, et d’utiliser l’ironie et l’humour pour s’auto-flageller tout en se déresponsabilisant : ce n’est pas de leur faute s’ils dominent, ils n’ont pas choisi d’être nés hommes, blancs, hétéros. Cette dynamique de l’auto-persécution est intéressante pour mettre en lumière les actions finalement possibles de chacun et chacune : si on reste uniquement dans la plainte et le constat d’injustice (de part ou d’autre), rien ne pourra évoluer.

Par où le changement peut-il commencer ? Pourquoi est-il nécessaire de ne pas rester enfermé dans un syndrome de persécution ?

Echanges & ateliers

L’équipe artistique est disponible pour des rencontres.
N’hésitez pas à en faire la demande à Patricia Balletti qui se chargera de les organiser.