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Boules de l'Yser

Boules de l'Yser


16 - 16.02.2017

lecture / quartier

Fiche pédagogique

La lecture du 16 février 2017 est l'aboutissement d'un processus et de rencontres régulières s'étalant sur plusieurs années. Laurence Kahn nous en dit plus :

 

Du côté du fond

Ce sont les auteurs eux-mêmes qui lisent le texte de leur pièce Boules de l'Yser. Dans une forme simple, sans artifices, ils donnent vie aux personnages qu'ils ont inventés, transmettent avec humour les histoires et les situations qu'ils ont écrites. Il s'agit tantôt de conteurs qui emmènent le public dans un univers imaginaire, tantôt de témoins au regard malicieux qui prennent la parole pour partager leurs souvenirs et leur expérience.

Du côté de la forme

Les origines de la lecture

L’histoire entre le Théâtre Les Tanneurs représenté par Patricia Balletti (en charge des relations avec le quartier et les écoles), le CPAS de la Ville de Bruxelles, Laurence Kahn qui conçoit et anime des ateliers d’écriture, des résidents et deux ergothérapeutes de l’Institut Pacheco, devait durer initialement neuf heures : trois séances de trois heures d’atelier Jeux d’écriture. C’était en octobre 2010. La sauce a pris, le désir de continuer était intense, l’envie d’explorer d’autres territoires où les mots jouent, surprennent, sonnent et résonnent. Improviser dans l’écriture, se laisser guider par les images, les sons, les associations. Laisser de côté le contrôle et la volonté. Accueillir l’absurde, l’insensé, les trajets que notre logique n’a pas l’habitude d’emprunter.

Des ateliers… au livre

Les ateliers se sont poursuivis. Deux séances par mois ayant pour objectifs : avancer ensemble, expérimenter, s’aventurer sans convier les jugements, à l’abri des regards discrets ou indiscrets. Après un an de chemin parcouru dans cet état d’esprit, a pointé l’envie de faire découvrir au monde extérieur une partie des tracés accumulés. Sous quelle forme ? Et pourquoi pas un livre ? Une nouvelle étape : définir des critères, faire des sélections. Un processus parallèle se déroule à la maison de repos et de soins « Aux Ursulines » où se tient aussi de façon régulière un atelier Jeux d’écriture. Les textes choisis dans les deux institutions sont rassemblés et ordonnés. Manque un éditeur. La rencontre à la Foire du Livre de Bruxelles avec Jean Delval, directeur des Éditions du Cerisier, mène alors à Jeux d’écriture, publication qui donne l’occasion d’organiser le 4 février 2013 au Théâtre Les Tanneurs une journée de réflexion sur la médiation culturelle. Pour ouvrir cette journée, les auteurs lisent des extraits du livre.

Février 2013

Après plus de trois ans d’atelier, un livre et une lecture publique, se pose la question : et maintenant ? Maintenant qu’a été vécue l’expérience du contact avec un auditoire, naît un nouveau désir exprimé par les résidents et les deux ergothérapeutes Nicolas Metens et Karine Bril qui collaborent à l’organisation de l’atelier (cette dernière y participant désormais activement) : écrire des scènes de théâtre. S’entame à ce moment-là un parcours qui sautille entre d’une part, la poursuite de la démarche d’improvisation et d’autre part, la création de personnages, situations, monologues, dialogues. Petit à petit, cette deuxième partie prend de plus en plus de place. Et se présentent d’autres lectures publiques : la participation trois années consécutives en septembre 2013, 2014 et 2015 à la Fête des Saltimbanques du Centre culturel Bruegel ainsi qu’une présentation d’ateliers au Théâtre Les Tanneurs en novembre 2015.

Octobre 2015

L’atelier Jeux d’écriture proposé à l’établissement « Aux Ursulines » s’arrête par manque de participants. Celui de l’Institut Pacheco poursuit sa route. Après chaque lecture publique, comme après un saut d’obstacles, surviennent la classique baisse d’adrénaline et les demandes concernant la suite. Quel nouvel objectif se fixer ? Quel défi relever ? À la séance du 1er octobre, est adoptée la proposition d’ « essayer d’écrire une pièce de théâtre ». Non plus des situations limitées à elles-mêmes, des personnages à la présence éphémère, mais un fil, un univers, un espace sur lequel rester un certain temps. Ce jour-là se décide également le lieu où se promèneront les imaginaires : Blankenberge.

Février 2017

La lecture de février 2017 est l’aboutissement d’un processus et de rencontres régulières s’étalant sur plusieurs années. Au cours de ces années, il y eut des arrivées et des départs, mais un noyau de participants s’est formé qui, deux jeudis par mois, s’est retrouvé dans le même local, près de l’habituel bruit de la machine à café et des boîtes de biscuits, indispensables ravitaillements pendant la pause. En mars 2017 l’Institut Pacheco fermera ses portes. Le groupe constitué au sein de l’atelier ne s’y réunira plus. D’ici là, il présente une lecture publique de sa pièce de théâtre intitulée Boules de l’Yser.

Blankenberge

Ecrire une pièce de théâtre, voilà le défi que nous nous sommes lancés, le groupe de Pacheco et moi-même en octobre 2015. Immédiatement sont apparues différentes envies : évoquer le passé, écrire des histoires imaginaires, dénoncer la mauvaise nourriture. Nulle nécessité de sélectionner un seul thème, mais tout de même un point de départ à déterminer. La station balnéaire de Blankenberge est apparue parmi les idées lancées et presque chacun de nous y avait des souvenirs. Ce bord de la mer du Nord semblait donc le lieu idéal pour nous lancer.

Comment le texte a-t-il été écrit ?

Le texte s’est construit progressivement, en tenant compte des éléments amenés au fur et à mesure. Au départ, les évocations, les souvenirs. Ensuite, l’invention de personnages, monologues, dialogues, situations. Un monde a commencé à se créer par petites touches, un schéma s’est dessiné dans lequel sont apparus des manques à combler. Chacun pouvait s’emparer de personnages créés par d’autres. Les manières d’écrire ont été variées : le plus fréquemment les auteurs agissaient seuls dans leur carnet, mais le texte a aussi été nourri d’écriture collective (écriture et lecture à voix haute au même moment permettant à la personne suivante de prendre la suite), de discussions, de phrases péchées au vol et d’improvisations orales. Après un long séjour imaginaire dans la ville côtière, nous sommes revenus dans les murs de Pacheco pour aborder le sujet qui depuis des années revient constamment dans les conversations des résidents : la nourriture. Quand s’est achevée la phase d’écriture, j’ai agencé la matière récoltée, construit, découpé, sans retoucher les textes eux-mêmes. Qui connait Colette, Jean-Jacques, René, Alain, Serge et Karine pourra les reconnaître entre les lignes, sur les lignes, dans les styles, les sujets, les expressions, les espaces et les respirations que leurs écrits charrient.

Un texte aux multiples dimensions

Présenter le résultat d’un processus fait émerger quantité d’interrogations. Comment rendre compte de ce qui a été vécu ? Comment garder un ancrage dans le parcours ? Comment transmettre au-delà du produit final les sous-couches, les échanges, les errements, les dépassements qui l’ont rendu possible ? De mon point de vue, le texte Boules de l’Yser porte en lui ces multiples dimensions. Il porte en lui la personnalité de chacun des auteurs ainsi que l’espace collectif où ils se sont rencontrés. Il porte en lui six années d’atelier et constitue une savoureuse manière de conclure.

Les suites ?

"Alors que l’atelier devait s’arrêter vu la fermeture de l’Institut Pacheco, nous apprenons l’affectation de Karine Brill au Home Sainte Gertrude, voisin du théâtre. Si le partenariat avec le CPAS de la Ville de Bruxelles se poursuit en 2017, la volonté du Théâtre Les Tanneurs et l’envie de Karine Bril, soutenue par la direction du Home Sainte Gertrude, est de voir comment organiser un atelier avec de nouveaux pensionnaires mais aussi en essayant de réunir les anciens. En effet, l’organisation de la lecture du 16 février 2017 a été fixée en pensant que tous les participants resteraient jusqu'à cette date au sein de l’Institut Pacheco. Cela n’a pas été le cas. Dès la mi-novembre, plusieurs participants ont été relogés dans d’autres homes bruxellois. Nous avons tout mis en oeuvre pour pouvoir aller les chercher et ainsi réunir le groupe pour les répétitions de la lecture. Cela a sensiblement compliqué l’organisation mais cela a aussi ouvert d’autres possibles et, surtout, cela a rendu moins difficile cette fin annoncée d’une longue tranche de vie et d’habitudes prises au sein de l’Institut Pacheco. Actuellement nous ne savons encore rien de l’avenir mais il en a été de même à chaque étape de l’histoire de cet atelier. C’est souvent dans cette dynamique d’attention à ce qui se présente que se construisent les partenariats avec le Théâtre Les Tanneurs." Patricia Balletti