Jeux d'écriture

La démarche des ateliers d'écriture conçus et animés par Laurence Kahn

Ma relation à l’écriture a beaucoup changé au fil du temps. Derrière le mot « écriture » se sont cachés des contenus très différents : moyen de transmettre mes sensations ; moyen d’exposer des faits ; moyen d’évasion pour voyager hors du réel ; moyen d’action pour défendre mon point de vue. Bref, l’écriture a longtemps été un moyen au service d’un objectif. Petit à petit, l’écriture a commencé à m’intéresser en tant que matériau à triturer, malaxer, explorer pour lui-même. Nourrie par des expériences d’improvisation dans les domaines du chant, du théâtre et de la danse, par les expérimentations des surréalistes et du mouvement Cobra, par les écrits entre autres de Natalie Goldberg, Antonin Artaud, Jean Cocteau, Declan Donnellan, Yoshi Oida, Eugen Herrigel, Hundertwasser et Jean Dubuffet, j’ai abordé l’écriture d’une manière très différente : au lieu de chercher à dominer les mots pour les mettre à mon service, j’ai cherché à développer ma capacité à me laisser guider par eux.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai conçu les ateliers « jeux d’écriture ». Jouer permet de faire des expériences en toute sécurité, de laisser un instant de côté les logiques habituelles pour se lancer dans des risques constructifs. Si j’abandonne le contrôle sur les mots et que je me laisse faire par eux, que va-t-il m’arriver ? Est-ce que cela change mon regard sur le monde ? Si je sors de la logique habituelle, est-ce que plus rien n’a de sens ou est-ce qu’un sens d’une autre nature peut exister ? Voilà quelques-unes des nombreuses questions qui surgissent au cours des ateliers. En proposant une approche de l’écriture différente de celle à laquelle l’école nous a habitués, une foule de questions jaillissent. Les participants échangent leurs impressions, expliquent leurs doutes et leur scepticisme, leurs surprises et leurs découvertes. Au cours de ces explorations collectives, je suis confrontée à de multiples réactions qui me demandent de creuser plus avant mon travail, d’argumenter mes choix, de préciser ma position, de justifier l’intérêt et le sens de ma démarche. Donner ces ateliers est une manière de remettre constamment en jeu la matière sur laquelle je travaille ce qui me donne la possibilité de l’approfondir, de l’explorer à des endroits inattendus et de vérifier pour moi-même qu’elle continue à avoir du sens.

Note biographique

Laurence Kahn a étudié la sociologie avant de s'inscrire à la Kleine Academie, une école de théâtre gestuel dans la lignée de Jacques Lecoq. Elle a suivi différents cours et stages centrés sur le travail d’improvisation en chant, en danse et en théâtre.

La formation de base en alphabétisation organisée par l’association Lire et Ecrire lui a permis d’acquérir des outils pédagogiques qu’elle a mis en pratique au cours d’expériences multiples : des cours de français à des femmes immigrées, des animations dans les écoles et des séances d’initiation au théâtre contemporain pour l’association Article 27.

Elle est auteur de paroles de chansons, de textes poétiques et de plusieurs pièces de théâtre présentées en Belgique et en France parmi lesquelles Rêvarum 5 CH (2001), Mamémois (2002), CLOAK (2004) et avec des habitants du quartier des Marolles, Tout le monde s’appelle Martine (Projet-Quartier 2004 du Théâtre Les Tanneurs).

Elle conçoit et réalise des livres d’artiste où se mêlent ses productions écrites et plastiques.

Son travail inclut des moments de transmission et d’échange avec des publics peu initiés aux techniques de la création. Ces moments se présentent sous la forme d’ateliers d’écriture qu’elle anime en Belgique à partir de 2001 et en Italie depuis 2006.